A la fin des années quatre-vingts, ma tante est allée au Japon et m’a rapporté une paire de petites chaussures à bout rond, décorées d’un tissu fleuri rouge, avec une boucle sur le côté. J’avais neuf ans et je n’avais jamais eu de chaussures aussi belles. Entre ça et les histoires captivantes qu’elle nous a racontées, c’est à ce moment précis qu’est né mon intérêt pour le Japon : on aurait juré qu’elle revenait d’une autre planète, étrange et merveilleuse, et je brûlais de m’y rendre à sa suite.
Il m’a fallu un peu plus de vingt ans pour réaliser ce projet, vingt années durant lesquelles j’ai saisi toutes les occasions d’en savoir plus sur les Japonais, leur culture et leur cuisine ; autant dire que j’abordais ce voyage avec une bonne dose d’anticipation. Dans ces conditions, je courais aussi le risque d’être un peu déçue, mais ça n’a pas du tout été le cas : à vrai dire, c’était encore mieux que ce que je m’étais imaginé.
Dans les grandes lignes, voilà ce qu’on a fait : on a pris l’avion de Paris à Tokyo ; on est restés presque une semaine à Tokyo, où l’on faisait un échange d’appartement avec un ami d’amie dans le quartier d’Omotesandō ; on est allés dans un onsen au nord de Tokyo, où nous avons dormi dans un ryokan (une auberge traditionnelle) dans la montagne et où nous nous sommes baignés dans les bains à l’air libre ; on a passé une journée à Osaka ; on est allés vers le sud à Kōya-san, une petite ville de montagne qui est un site important du bouddhisme Shingon, et où nous avons dormi dans un temple-auberge ; on a ensuite passé quelques jours à Kyoto, où nous avions loué une petite machiya dans le quartier de Higashiyama ; on a repris l’avion de Kyoto à Paris.
J’ai l’impression d’avoir passé la totalité du séjour dans un état de félicité permanente, absolument euphorique d’être là, à observer tout et tout le monde, à m’imprégner des scènes de rue, de nature, de temples, à explorer les magasins petits et grands, à marcher des heures et des heures, à prendre des trains rutilants, et à me régaler comme jamais.
Le seul inconvénient, c’est que c’est un peu dur de descendre de mon petit nuage nippon, et je suis déjà en train de chercher le meilleur moyen d’y retourner aussi vite que possible. Mais en attendant, j’aimerais vous faire partager quelques morceaux choisis si ça vous tente. Plutôt qu’un rapport détaillé jour par jour (le ciel nous en préserve), je préfère vous brosser un portrait en petites touches de ce qui m’a le plus enchantée :

Edokko Sushi à Kanda (Tokyo)